MASSI Souad

Née en 1972 sur les coteaux d’Alger, à Bab-el-Oued, Souad Massi a eu vingt ans au coeur des « années noires » de l’Algérie en proie à la double pression des islamistes, qui ont pris le maquis, et des militaires, qui ont pris le pouvoir. Mais Souad Massi a eu cette chance, celle d’être combattive, d’apprendre la guitare, le répertoire arabo-andalou et la musique classique occidentale à l’Association de l’Ecole des Beaux-Arts. Elle a eu la chance d’avoir un père cadre à la Compagnie des eaux, une mère qui la convainc de faire des études d’urbanisme (institut de travaux publics à Kouba, Alger), un frère, Hassan, compositeur, et un copain qui collectionne les disques country des années 1940.

Mais la jeune Souad, « kabyle comme de nombreuses Algériennes et de nombreux Algériens, doit se frayer un chemin artistique entre le raï alors tout puissant, la chanson kabyle et la pop moyen orientale. Elle opte pour cette « Alger, ville ouverte », longtemps célébrée. Elle passe par la case flamenca avec le groupe Triana d’Alger originaire de Séville, ancienne capitale d’Al Andalus, puis par la case heavy metal avec Atakor, tout en écoutant Emmylou Harris, folkeuse pop. Venue à Paris en 1999 pour chanter au Cabaret Sauvage, sa première cassette sous le bras, Souad Massi est repérée par le label Island-Mercury. Et la voici intégrée dans la prolifique troupe des joueurs de musiques du monde, un secteur alors en plein essor.

Exilée, Souad Massi ne l’est pas. Tout au plus éloignée volontaire. Elle a bien sûr écrit sur l’exil, sur les souvenirs envahissants de la terre natale – c’est avec Mesk Elil (l’odeur du chèvrefeuille) qu’elle remporte une Victoire de la Musique en 2006. Elle aurait pu en rester là mais Souad Massi est une femme qui avance. L’art de Souad Massi passe aussi par la langue française, et Oumniya propose deux titres francophones. « Dans un avion au retour d’Espagne, mon ingénieur du son, Yann Lemêtre, m’avait fait écouter une chanson, Pays Natal, et j’avais eu la chair de poule, le texte est magnifique ». « Pour sentir l’odeur du pain au sésame ou au cumin, fallait faire la queue longtemps dans ce pays… » : ce sont les mots de Françoise Mallet-Joris sur une musique de Marie-Paule Belle « que je ne connaissais pas alors ». Pour compléter la section française, Magyd Cherfi, le Toulousain engagé a donné Je chante à Souad Massi.

En 2015, l’album El Mutakallimûn (Les Orateurs) s’inscrivait en faux contre l’obscurantisme et le déni, en mettant en musique de grands poètes arabes, du Libanais Elia Abu Madi (XIXè siècle) à l’Irakien El Moutanabi (Xè siècle). « J’avais été surprise de voir que de nombreux spectateurs, lettrés, souvent Occidentaux, connaissaient bien la poésie arabe et l’aimaient ». En bonus du nouvel album, voici ajmalou hob, (Mon plus bel amour « Je t’aime comme la plante qui sort de la roche »), mise en musique d’un texte du poète palestinien Mahmoud Darwich. Et puis, Salam, écrit en dialecte égyptien par le song writer Nader Abdallah, rencontré au Caire, sur une musique de Khaled Eize.